Apnée de Sophie Torresi, théâtre, création collective

La maladie chronique,
une expérience du temps

« Apnée » est composé de matériaux textuels de nature et de style opposés. Ils sont autant d’entrées dans un récit qui tresse différentes temporalités, juxtapose des perceptions de la réalité, fait jouer plusieurs niveaux de parole. 

Des séquences monologuées, des coups de téléphone ou encore des mails retracent cette annonce soudaine de greffe. Dans cette situation de crise, le cerveau noyé (comme on le dit d’un moteur) développe paradoxalement une forme de lucidité. Angoisse extrême et suractivité mentale se traduisent par des associations, des allers-retours, ou des fragments sans suite logique. Pour autant, les motifs ne se répètent pas strictement, ils témoignent du cheminement de la pensée. La mère prend peu à peu conscience des enjeux de la relation thérapeutique hospitalière, bien plus complexes qu’elle ne le croyait. Enfermée dans un dialogue de sourds qui finit par impliquer l’institution dans son ensemble, elle mesure que ce qui se trouve nié ici est le libre arbitre du patient, pourtant inscrit dans la loi.

Ces séquences à vif alternent avec de courtes chroniques, souvenirs, introspection, petites histoires. La mère écrit pour comprendre, pour donner forme à sa pensée, pour circonscrire l’emprise de la peur. A l’inverse des séquences évoquées plus haut, ces récits se caractérisent par une forme de tenue et de mise à distance. 

Pour finir, des scènes dialoguées restituent une réunion de crise à l’hôpital. Rassemblant équipe médicale, parents et médiateur, elle a pour objectif de résoudre un conflit et de sortir d’une impasse mais se révèle le lieu de l’incompréhension et d’une totale confusion. Ces séquences témoignent, non sans humour, de la complexité de la communication médicale et font état de la difficulté et de l’impréparation des médecins en la matière.

Cette diffraction de l’écriture cherche à rendre compte de la complexité de la pensée et à témoigner de la maladie chronique comme d’une expérience du temps.  Le présent et le passé coexistent en permanence, de même que le tragique est toujours logé au cœur du quotidien.